jeudi 30 août 2012

Pourquoi la Suisse doit être le modèle à suivre

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Pourquoi la Suisse doit être le modèle à suivre

L’«idée Suisse»: la première nation multiculturelle du monde

Le 1er août, les citoyens suisses célèbrent leur fête nationale. On s’en moque toujours facilement – pourtant les Etats européens en crise auraient intérêt à étudier le modèle à succès suisse.

Une carte de l’Europe au début des années quarante du siècle dernier: Au cœur de cette carte se trouve la Suisse, encerclée par des Etats qui lui sont hostiles. Au nord l’Allemagne national-socialiste, au sud l’Italie fasciste, à l’ouest la France de Vichy soumise au nazis, l’Autriche, le vieux voisin riche d’histoire, mais à l’époque soumis en tant qu’«Ostmark» à Berlin.
Le seul allié fidèle de Berne restait la principauté du Liechtenstein avoisinante et associée par une union douanière, une monarchie héréditaire constitutionnelle d’une superficie de juste 160 km2 – sans armée.
Chacun en Allemagne qui parle aujourd’hui avec dédain de la Suisse, devrait réaliser ce dont elle est venue à bout à l’époque. Au cours de ces années-là, la Suisse déploya une volonté de défense absolue. En cas d’envahissement allemand, les Suisses auraient abandonné le Plateau suisse et se seraient repliés dans les Alpes pour les défendre jusqu’au dernier homme.
Qui blâme la Suisse pour sa coopération – partiellement nécessaire – avec les nazis, le fait souvent et volontiers avec l’arrogance pédante de celui qui est né après coup. Il n’y a guère d’autres pays en Europe à qui ­l’Allemagne d’après guerre doit autant qu’à la Suisse: Sur tous les plans, Berne a essayé de réintégrer la jeune République fédérale dans l’ancien continent.

Envahi et pillé

Les décennies après la Seconde Guerre mondiale ont apporté à la Suisse un essor économique durable, jamais connu auparavant. En fait, la Suisse n’est pas riche en tant que telle, elle vit du zèle et de l’ingéniosité de ces citoyens et de sa position stratégique unique au cœur de l’Europe.
C’est pourquoi sa région était sans cesse pomme de discorde des grandes puissances d’Europe, et pour cette raison elle a encore et toujours été envahie et pillée jusqu’au XXe siècle.
Elle a seulement pu survivre comme nation parce qu’elle a réussi à développer l’«idée suisse», un consensus sur l’identité suisse avec un canon de valeurs particulièrement suisse dont un pilier est la balance finement équilibrée entre les différents groupes en Suisse alémanique (non allemande!) et ceux des cantons de langue française, italienne et rhéto-romane: la Suisse est la première nation multiculturelle du monde.
En outre, une protection des minorités solidement ancrée, une représentation proportionnelle coutumière des langues au sein des autorités de la Confédération les plus importantes, une administration décentralisée et fondée sur le droit et surtout une économie décentralisée.

Les «Grecs de la Suisse»

Le journaliste Christophe Büchi démontre dans son livre intitulé «Röstigraben» le rapport entre les régions suisses «allemandes» et «latines». Les dernières années montrent bien et surtout que le comportement lors de votations de la minorité de la Suisse francophone donc «romande» – jadis connue comme particulièrement «rebelle» –, se rapproche de celui des régions alémaniques.
Cependant la dernière votation suisse sur la question de savoir s’il fallait deux semaines de vacances de plus, a montré des différences: Il est vrai que la majorité des votants suisses l’a rejetée, mais dans la partie francophone, le scrutin aurait presque été favorable à davantage de congé.
Néanmoins les différences autrefois prononcées lors de votations diminuent. Cela tient au fait que non seulement les régions «germaniques» mais aussi les régions «romanes» viennent de passer de bonnes années.
La Suisse a déjà inventé en 2001 le frein à l’endettement et l’a introduit par référendum. Dans les dernières années les Confé­dérés ont réalisé des excédents du budget d’une moyenne de 0,7% du produit intérieur brut. Rien de tel ne s’est produit en Allemagne depuis 1969.

Une véritable puissance industrielle

On oublie souvent que la Suisse est une véritable puissance industrielle: Avec un montant d’environ 100 milliards de francs suisses, la production industrielle représente en chiffres absolus le double de celle de Singapour et de la Norvège. L’usine à concepts libérale avenir suisse souligne qu’à la grande valeur de la production industrielle s’ajoute un soin résolu des marques.
C’est seulement grâce à cela (et grâce à une automatisation forcée), qu’il est possible de produire encore en Suisse malgré le coût très élevé de la main-d’œuvre.
Digne d’attention est aussi le fait que la Suisse exporte par habitant 80% de plus que l’Allemagne, qui est le prétendu «champion du monde de l’exportation». En revanche, la place financière n’a réalisé qu’environ 15% du produit intérieur brut. Les 17 milliards de francs suisses d’impôts que le secteur financier verse annuellement, ne correspondent qu’à 12 à 16% du total du produit fiscal suisse.

Une situation stable

Néanmoins, particulièrement en Allemagne, la critique se fixe de plus en plus sur la place financière suisse: Celui-ci agirait d’une manière opaque et s’offrirait comme «paradis de l’argent non déclaré». La question principale de savoir pourquoi les étrangers préfèrent investir leur fortune en Suisse, n’est en revanche pas posée. Y’a-t-il là des gnomes clandestins, qui stockent profondément dans les Alpes un trésor d’or?
Aucunement: Les étrangers sont même venus en Suisse lorsque, il y a quelques décennies, il n’y avait pas de revenu sur leur dépôt, et même s’il fallait s’attendre à des intérêts négatifs.
La force motrice d’un engagement était toujours l’insécurité politique et économique dans beaucoup de pays du monde – menacé d’inflation, de nationalisation et d’expropriation. En Suisse par contre, la situation est ­restée stable. Peut-on lui reprocher cela?
Depuis longtemps, le fisc allemand profite des fortunes que les citoyens allemands ont investies en Suisse – grâce à l’impôt libératoire sur les «comptes d’argent non déclarés». C’est pourquoi cette chasse actuelle pourrait être contreproductive à long terme. Est-ce que la peur justifiée d’un Etat, qui se procure des données en violant le droit, ne va pas encourager beaucoup d’investisseurs à placer leur argent ailleurs? Ainsi, on ne crée certainement pas de confiance en la République fédérale d’Allemagne.     •

Source: weltonline du 14/8/12
(Traduction Horizons et débats)

Le modèle Suisse – le principe coopératif au lieu du principe hégémonique

Apprendre de la Suisse, signifie résister à l’usurpation de l’Empire

L’esprit fédéraliste – un modèle de paix et d’équilibre
«Cet esprit fédéraliste […] triompha de la méfiance entre les villes et les campagnes, il mit les petits cantons sur le même pied que les grands, il permit de vaincre les conflits religieux et les querelles internes. Il imposa la modération aux vainqueurs des six guerres civiles que la Suisse a vécues, ce qui les em­pêcha d’abuser de leur force. Jamais on ne porta atteinte à l’existence ou aux particularités des vaincus. Les conditions de la paix ne dépendirent pas de l’importance du succès dû aux armes mais de principes juridiques compatibles avec l’esprit des traités. La victoire lors de guerres civiles était pour ainsi dire acceptée comme un jugement de Dieu qui devait choisir entre deux conceptions différentes du droit.»

Source: Wolfgang von Wartburg.
Geschichte der Schweiz. München 1951

Des communautés proches des réalités en tant qu’écoles de civisme irremplaçables

«Ce n’est que dans une communauté de petites dimensions et proche des réalités que le citoyen ordinaire peut acquérir ce que l’on considère généralement comme le sens de la mesure en matière politique, le sens des proportions humaines. C’est là seulement que, dans le dialogue quotidien, il apprend à connaître les besoins justifiés de ses voisins aux opinions et aux intérêts différents, à les comprendre et à en tenir compte dans une certaine mesure. C’est seulement sur ce terreau de liberté que se développe le minimum d’esprit communautaire capable de ­freiner efficacement le penchant à l’autoritarisme et à l’anarchie. Ainsi, les petites structures autonomes restent des écoles de civisme irremplaçables sans lesquelles les racines de l’Etat démocratique libéral s’assécheraient.»

Source: Gasser, Adolf: L’autonomie communale et la reconstruction de l’Europe: principes d’une interprétation éthique de l’histoire, Neuchâtel, 1946.

La politique n’est pas souillée par la corruption – ce qui était valable en 1921 reste valable jusqu’à aujourd’hui – contrairement à l’UE

«Les avantages qu’un observateur étranger découvre dans le gouvernement de la Suisse, lorsqu’il fait une comparaison avec d’autres démocraties développées de l’Antiquité et des temps modernes, peuvent être résumés de la façon suivante: On trouve une stabilité remarquable au sein de la Confédération et au sein des cantons, quoique pas dans la même mesure, mais de manière assez générale. […] Une administration avec un sens de l’économie incomparable et très capable en général. […] Pour toutes les branches de l’éducation, à part dans un très petit nombre de cantons, on prend de larges mesures de prévoyance. […] Compte tenu des difficultés d’un pays montagneux confronté à des glissements de terrains et des inondations lors de la fonte des neiges, les routes sont excellentes. […] La liberté de l’individu est respectée, le ton de communication dans la vie publique est d’un très haut niveau et la politique n’est pas ­souillée par la corruption. Le sentiment très fort pour les devoirs étatiques se montre dans le grand nombre des services fournis par les cantons et les communes.

Source: James Bryce, théoricien des Etats écossais, au sujet de la démocratie suisse, peu avant la Première Guerre mondiale, in: Peter Dürrenmatt: Schweizer ­Geschichte.
Editions Hallwag SA, Berne 1957
(Traduction Horizons et débats)





Des attaques allemandes contre la Suisse – un déjà-vu fâcheux

«Durant toute la durée de la guerre, Berne subit un feu ininterrompu de protestations de la part de Berne. Tous les journaux suisses étaient interdits en Allemagne. Quant à la presse allemande, elle n’y allait pas par quatre chemins. Elle ne se gênait pas pour qualifier les Suisses de parasites de l’Europe, de nains ridicules. Ou encore: ‹Même si, avec vos cerveaux fêlées, votre impudence et vos encéphales huileux de sacristains de synagogue, vous ne pouvez comprendre notre langage, nous vous disons ouvertement: vous avez cassé trop de carreaux. Votre compte débiteur est immense. Il ne sert à rien de vous cacher maintenant et de jouer les innocents. Dans la nouvelle Europe qui naîtra des ruines laissées par cette guerre et des sacrifices de nos soldats héroïques, il ne pourra pas y avoir de dépotoir pour les émigrés et les valets des Juifs.› Ce commentaire parut le 4 ­juillet 1940, peu après la défaite française. Il faut comprendre que l’Allemagne nazie avait sa propre définition de la neutralité et que pour elle, cela signifiait que non seulement le gouvernement et l’armée devaient être neutres mais également le reste du pays, et surtout les journaux et la radio. Ainsi, les Allemands allèrent-ils jusqu’à exiger la démission de certains rédacteurs.»

Source: Christian Favre, La Suisse avant et pendant la Seconde Guerre mondiale.
Editions Baudelaire, 2011, p. 71sq.

Hitler: anéantir l’ennemi «par le dedans»

«Mais revenons un peu sur les intentions du Reich vis-à-vis de la Suisse. Elles furent loin d’être bienveillantes ; en clair, la Suisse faisait enrager Hitler. Il savait l’armée et Guisan clairement engagé du côté allié; cela, il le dénonça à maintes reprises, à tel point qu’il exerça des pressions auprès des politiciens suisses afin d’écarter Guisan.
Hitler avait déclaré que la stratégie des nationaux-socialistes consistait à anéantir l’ennemi ‹par le dedans›, à le laisser vaincre par lui-même. Le peuple adverse devait être démoralisé et prêt à capituler. Tel était en effet ce qu’Hitler prévoyait pour la Suisse, il dit d’ailleurs: ‹Nous avons partout des amis en plein pays ennemi; nous saurons nous en servir.› Il ne parlait pas forcément des frontistes ou des nazis suisses, mais bien de personnes occupant des postes importants dans divers domaines tels que bancaires ou industriels. Hitler,
avant-guerre, avait établi des contacts à Zurich avec ces personnes, il savait donc qu’il pouvait compter sur elles par la suite.»

Source: Christian Favre, La Suisse avant et pendant la Seconde Guerre mondiale.
Editions Baudelaire, 2011, p. 70

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